
Bleue — vidéo HD, 7’00”, 2015
Fenêtre verticale sur la mer. Premier plan, figure féminine en éveil. Vaguelettes. Grande profondeur de champ.
Présentant la seule figure humaine de l’exposition, l’œuvre de Nour Awada ouvre une fenêtre sur un paysage marin d’une grande profondeur. Les teintes évoluent du bleu au vert pour l’eau, puis du jaune à l’orange et aux accents rouges pour le ciel. Si les couleurs ont principalement une portée esthétique, elles donnent aussi l’impression, selon l’artiste, d’un tableau vivant. Nul doute également qu’elles participent d’une dramatisation de la scène au premier plan.
Allongée sur un matelas, une mystérieuse figure féminine se réveille d’un sommeil au milieu des flots. La position allongée, et le drapé sculptural qui l’enveloppe, font écho à des œuvres telles que l’Hermaphrodite endormi (Louvre) ou encore Sainte Cécile (église Sainte-Cécile-du-Trastevere, Rome). Dans Bleue, elle prend vie dans un bain de pigment bleu, qui nous rappelle notamment qu’historiquement, les statues étaient peintes.
Les références à la sculpture témoignent de l’importance de ce médium au sein de la pratique de l’artiste. Dans la suite de la vidéo, au prix d’un important effort, la figure se lève et tourne son corps vers l’horizon.
Qui est cette figure ? Où est-elle ? Pourquoi se réveille-t-elle ? Autant de questions auxquelles les réponses importent peu. Nour Awada voit dans ce corps isolé sur un matelas-radeau l’image d’une errance universelle et intemporelle. Rattachant cela à ses préoccupations artistiques et géopolitiques autour de l’exil et de la perte de l’habitat, elle envisage le matelas-radeau comme un abri. La femme qui s’y éveille habite un espace qui lui est propre, affranchi de toute appartenance territoriale, face au tragique du paysage.