Marée Noire

Aliki Christoforou

La Mer n’est pas bleueVidéo

Marée Noire — film HD, 14’10”, 2024

D’abord, la surface de la mer, scintillante et hypnotique. Puis, la plongée sous la surface, dans le bleu intense et lisse rythmé par la vivacité des poissons et les clignotements des rayons lumineux. Peu à peu, une ombre étrange se répand en volutes noires.

Aliki Christoforou met en tension la surface d’apparence calme et le drame qui se joue dans les profondeurs. Par le titre, Marée Noire, et l’avancée inéluctable d’une forme dont on ignore l’origine et qui finit par remplir tout l’écran, l’artiste convoque un imaginaire de deuil et de catastrophe.

Profondément attachée à la mer Méditerranée depuis son enfance, Aliki Christoforou l’a d’abord associée à un sentiment de bonheur et de sérénité, avant que cette mer – devenue aujourd’hui une des routes migratoires les plus meurtrières au monde – ne se transforme peu à peu, à ses yeux, en un « symbole du capitalisme, du colonialisme, de la dépossession et des séquelles permanentes de l’esclavage », auxquels s’ajoute la catastrophe écologique.

C’est par un ensemble de dualités – surface/profondeur, calme/agitation, sérénité/tragique – que le message se déploie, porté par une atmosphère poétique qui évoque le drame sans jamais céder à la violence des images. L’image, par ailleurs, est magnifiée par une ambiance sonore qui accentue la tension et nous plonge dans les eaux méditerranéennes.

En point d’orgue, la voix d’une pleureuse, chanteuse traditionnelle grecque, interprète une lamentation dont les paroles font le deuil d’une mer disparaissant, illustrant le drame de sa perte : « je pleure ton antique beauté / combien je t’aimais ». Elle pose ainsi la question : quelles vies valent la peine d’être pleurées ?